« Accompagnant de coupables pensées peuplées de bonbons interdits. »

Jimmy Corrigan est un homme triste et seul. Son morne quotidien est rythmé par un travail de bureau sans intérêt, et entrecoupé par les appels téléphoniques d’un mère omniprésente et possessive. Jimmy passe le plus clair de son temps à vivre dans les fantasmes qu’il se crée plutôt que dans la réalité qu’il habite. Un jour, alors qu’il ne s’y attend pas le moins du monde, il reçoit une lettre du père qui l’a abandonné il y a plusieurs années.

Jimmy Corrigan hante ma bibliothèque depuis des mois. Prêté mi-juillet par un couple d’amoureux de la bande dessinée, j’ai mis beaucoup de temps à me pencher sur l’oeuvre de Chris Ware, pourtant encensée par la presse internationale et couronnée de nombreux prix depuis sa sortie. Et puis, comme ça, un soir, j’ai enfin sauté le pas…

Jimmy Corrigan est une belle rencontre, certes atypique, mais belle quand même et à bien des égards. Il y a fort à croire que le format particulier, la richesse du graphisme et le scénario labyrinthique pourraient rebuter les néophytes les plus sceptiques. Mais ô comme il serait dommage de passer à côté d’une telle découverte. N’est-ce pas ?

Dans un premier temps, ce qui frappe le lecteur c’est ce fourmillement de cases et de bulles. De couleurs  pop et d’idées loufoques à chaque coins et recoins. On ne sait pas où donner de la tête tant il y a de détails apparents mais aussi cachés. Puis on se fixe et on commence à dérouler le fil. Et là le graphisme nébuleux prend tout son sens. C’est l’esprit de Jimmy que l’on arpente. Ses souvenirs d’enfance, ses espoirs futurs et ses fantasmes secrets.

Chris Ware parcourt le temps pour nous confronter à trois générations d’hommes d’une même famille. Tous portant le même prénom. Tous anti-héros. Blessés par des années d’abandons et d’humiliations. Les timelines se mélangent, laissant le lecteur parfois un peu confus. Un peu étourdit. Comme au sortir d’un rêve. Mais on se laisse porter par les destins et les pensées de ces petits personnages aux caractères si renfermés et aux allures si tristes. On est au cœur de sa psychologie. Et ça en devient vite bouleversant.

Tout ici est empreint d’une douce mélancolie, d’une nostalgie infinie. Et si l’on se laisse happer par le récit et les illustrations, il faudra néanmoins plusieurs lectures attentives pour comprendre toutes les subtilités de la narration, et tous les enjeux qu’elle présente.

Jimmy Corrigan : The Smartest Kid on Earth, Chris Ware

380 pages / 49,95 €

ISBN : 978-2-84055-805-7

Delcourt, 2002

Tous les liens sont chez Noukette !

Jimmy Corrigan : The Smartest Kid on Earth – Chris Ware

25 avis sur « Jimmy Corrigan : The Smartest Kid on Earth – Chris Ware »

  • 14 février 2018 à 5 h 57 min
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    Je n’ai jamais fait le pas d’ouvrir un Chris Ware et de me lancer. Pourtant, ce n’est pas l’envie qui manque, mais il y a cette retenue à chaque fois qui me fait revenir en arrière. Cet album, je l’ai déjà noté et te lire me donne très envie de bousculer un peu cette habitude à reposer les albums de cet artiste.
    (et quel plaisir de pouvoir te lire de nouveau ! mais je te l’ai déjà dit je crois ^^)

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    • 14 février 2018 à 7 h 47 min
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      Je te comprends ! J’ai mis le temps aussi…
      Je suis également ravie de revenir sur la toile.
      La blogosphère m’a manquée 🙂

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  • 14 février 2018 à 6 h 51 min
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    Mo’, je te le dis : c’est à lire absolument!!! Je l’ai lue deux fois, il faut au moins ça. Que de détails à découvrir…
    Mylène je suis heureuse de voir cette BD présentée

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    • 14 février 2018 à 7 h 48 min
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      C’est exactement ça !
      En revanche, moi c’est Marion 🙂

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  • 14 février 2018 à 8 h 43 min
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    Je dois dire que les planches donnent envie de le lire ! Et puis 380 pages, ça ne dois pas se lire trop vite, ce qui n’est pas toujours le cas pour une BD. Du coup ça me donne envie !

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  • 14 février 2018 à 8 h 50 min
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    vraaaaaaaaaaaiment pas fan du dessin…. mais vraiment pas 😀

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  • 14 février 2018 à 8 h 52 min
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    Je ne connais pas mais je suis très tentée! J’espère le trouver à la bibliothèque.

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  • 14 février 2018 à 9 h 09 min
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    Je l’ai déjà feuilleté à la médiathèque mais je dois avouer que je n’ai pas eu envie de me lancer et je n’ai toujours pas envie 😉

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  • 14 février 2018 à 10 h 26 min
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    Les dessins ne m’attirent pas mais le contenu de cette BD m’intrigue. Si jamais je le croise à la médiathèque…

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  • 14 février 2018 à 11 h 08 min
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    Ok, je crois qu’il va falloir que je sorte de ma zone de confort et que je me penche sur le cas de cet OVNI ! 😉

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  • 14 février 2018 à 13 h 48 min
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    eh ben toi alors…. tu es ma surprise de la semaine et une belle qui plus est !! si ave ça je ne précipites pas chez mon libraire !!!! DIABLESSE

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  • 14 février 2018 à 19 h 12 min
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    Tu avais raison, le graphisme intérieur semble aussi intéressant que sa couverture ! Cet album semble être un beau pavé mais il me tente, parce qu’atypique!

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  • 14 février 2018 à 22 h 17 min
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    Ca fait quelques temps que j’ai envie de découvrir Chris Ware et ton billet me le rappelle. Cette bd pourrait bien ma première du coup 😉

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  • 15 février 2018 à 9 h 16 min
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    J’ai un “album” chez moi de Chris Ware. Il s’agit de Building Stories (oeuvre gigantesque, je ne sais pas si tu vois ce que c’est, il s’agit de plein de petits puzzles, d’histoires, qui racontent la vie d’un immeuble)
    Tout ça pour dire que je veux découvrir ce Chris Ware encore et encore! Son trait est tellement spécifique et inattendu.

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  • 16 février 2018 à 16 h 28 min
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    ce n’est vraiment pas le style de bd que j’affectionne mais merci pour la découverte.

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  • 16 février 2018 à 17 h 16 min
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    JE suis resté en dehors de cet album trop expérimental pour moi.

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  • 16 février 2018 à 21 h 43 min
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    Oh que j’hésite… les commentaires (surtout de Keisha) me tentent mais le graphisme me fait un peu freaker j’avoue… Et en plus ils ne l’ont pas à ma biblio… j’avoue que la mouture BD de cette semaine me fait bougonner après les biblis de ma région!

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  • 18 février 2018 à 21 h 50 min
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    Ah mais je l’ai cet album à la maison, un souvenir d’Angoulême post-Angoulême ! 😉
    Il faudrait peut-être que je le lise un de ces jours, mais le temps file trop vite… !

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  • 19 février 2018 à 15 h 58 min
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    Un auteur que je ne connais pas du tout… L’histoire me tenterait bien (sauf le côté brouillon !) mais les illustrations, heu… pas trop !

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  • 20 février 2018 à 8 h 50 min
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    bon… je crois bien que je vais une fois de plus sortir de ma zone de confort… mais chaque fois que je l’ai fait j’ai été agréablement surprise! merci pour la découverte, je note!

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