« Il a le mal d’un siècle qui n’est pas le sien :

Il se sent l’héritier amer d’un spleen ancien.

Tout est objet d’ennui pour cet inconsolable –

Ou de tristesse extrême, atroce, épouvantable.

Il a tout essayé, et tout lui a déplu.

Il a fumé, couché, dansé, mangé et bu,

Lu, couru, voyagé, peint, joué et écrit :

Rien ne réveille en lui de plaisir endormi. »

Paris, dans la lumière blafarde du matin. Une rame de métro bondée. Deux regards se cherchent. Se croisent. Et Eugène reconnaît Tatiana. Dix ans qu’il ne l’avait pas vue. Et son apparition éveille en lui quelques souvenirs confus. La dernière fois elle avait quatorze ans et des rêves plein la tête. Lui trois de plus et cette sensation d’avoir déjà tout vu. Elle était amoureuse. Et il était ailleurs. Un drame et quelques mots perdus les avaient séparés. Mais aujourd’hui en la regardant dans ce métro bondé, Eugène réalise qu’il est plein de regrets…

En s’inspirant d’un classique de la littérature russe du XIXème siècle que je n’ai pas lue honte à moi, Clémentine Beauvais offre ici aux lecteurs un roman jeunesse tout à fait atypique, terriblement audacieux et plein de virtuosité. Une oeuvre divine, comme on en lit rarement !

Dans un premier temps, c’est la forme qui m’a séduite, puisque Songe à la Douceur est un roman en vers. Et en vers libres, pour être précise. Du langage parlé adolescent le plus épuré, aux banalités des conversations gênées, en passant par la trivialité de la quotidienneté, sans oublier quelques envolées lyriques bien méritées, l’auteur signe ici une merveilleuse déclaration d’amour aux mots. Clémentine Beauvais joue avec eux et joue avec nous, réalisant un tour de force sur plus de 240 pages. Elle jongle avec le verbe, et c’est avec une facilité désarmante que les dialogues et la narration s’enchaînent, comme ce serait le cas chez Jacques Demy, ce cinéaste que j’aime tant. Alors forcément, lorsque la poésie sous sa forme la plus moderne sonne comme ça à mes oreilles, je suis conquise !

Puis dans un second temps, j’ai prêté attention au fond… Et je me suis pris en plein cœur cette histoire d’amour tragique, parce qu’à contre-temps. Comment ne pas être bouleversé par cette superbe chronique adolescente qui scellera malgré elle, dix ans plus tard, le destin de deux amoureux qui se sont manqués ? Impossible pour moi…

Et surtout comme je me suis laissée emporter par les amours de ce couple contrarié… Comme Tatiana j’ai ressenti ces papillons qui hantent nos entrailles lorsque l’autre entre en scène. Comme Eugène je me suis autorisée les regrets. Avec eux j’ai vécu cette histoire, me laissant convaincre par la justesse de leurs émotions et de leurs sentiments.

Songe à la Douceur est une romance rare et précieuse. Qui surprendra le lecteur tant par son fond que par sa forme. Une oeuvre délicate et poétique qui ne prône pas l’optimisme c’est certain, mais qui rappelle la valeur qu’il faut accorder aux secondes chances…

Songe à la Douceur, Clémentine Beauvais

240 pages / 15,50 €

ISBN : 9782848659084

Editions Sarbacane, 2016

Songe à la Douceur – Clémentine Beauvais

8 pesnées sur “Songe à la Douceur – Clémentine Beauvais

  • 17 juillet 2017 à 8 h 59 min
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    Je l’ai, toujours pas lu, mais il va falloir, je sais qu’il va me plaire !
    Bizzzzz

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    • 12 août 2017 à 13 h 36 min
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      Ravie que tu aies autant aimé que moi 🙂

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  • 18 juillet 2017 à 9 h 44 min
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    Une grosse prise de risque de la part de Valentine Beauvais de vouloir « réécrire » un tel texte mais on peut dire qu’elle a magnifiquement réussi son coup !

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  • 19 juillet 2017 à 9 h 54 min
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    Difficile d’écrire tout un roman en vers. Je ne pense pas le lire mais je reconnais l’exploit !

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