« La mise en abîme de mon livre se referme sur moi.

Je suis dans la merde.

Jusqu’où souhaites-tu me voir sombrer ? »

En 1988 Hervé Guibert apprend la nouvelle. Il est atteint du SIDA. Dans une époque où le virus fait de très nombreuses victimes parmi la communauté homosexuelle, où aucun traitement ne s’avère efficace, il se sait condamné. L’auteur entame alors un livre, une autofiction où il décrit son quotidien, son rapport à l’autre, à la maladie. Il nous parle des jours de douleur, des nuits de souffrance, des amis qui l’entourent dans ce malheur ou de ceux qui se soustraient à cette épreuve, c’est selon.

Sans date ni lieu précis, il écrit pourtant comme on le ferait dans un journal intime, nous livrant à la première personne du singulier ses pensées les plus sombres et nous détaillant sa vie comme si nous étions intimes. C’est à double tranchant…

D’un côté j’ai aimé cette écriture brutale et incisive, criante de vérité et à fleur de peau. J’ai aimé me retrouver face à un auteur qui ne cache pas ses sentiments et ne mâchent pas ses mots, qui livre sa vie sans l’adoucir et l’enjoliver. Et surtout j’ai aimé qu’Hervé Guibert n’écrive pas ici un livre testament,  oui il y a une valse des médecins et des bilans sanguins, des listes de médicaments et de traitements, mais l’auteur espère, y croit et le voir s’enfoncer, sans l’aide de cet ami qui refuse de lui sauver la vie, est bouleversant.

D’un autre côté, il m’a fallu lutter contre les 100 premières pages du roman pour me faire à ce style narratif si particulier. Cette proximité, que dis-je, cette intimité qu’Hervé Guibert développe avec son lecteur au fil de son autofiction est loin d’être acquise. Dans un premier temps il faut s’habituer à être submergé de faits et de noms et à lire des anecdotes comme s’il les confiait à un proche. Or nous ne le sommes pas, proches. Et le flux d’informations est trop dense, manque de contexte. En bref, on s’y perd. Un peu. C’est déroutant.

Mais il faut passer outre cet aspect de son écriture, puisque c’est lorsque Hervé Guibert parle de sa maladie que son génie se révèle. C’est en apprivoisant son style que l’on découvre vraiment la teneur de cette autofiction. Et ça en vaut la peine.

A l’ami qui ne m’a pas sauvé la vie, Hervé Guibert

288 pages / 8,20 €

ISBN : 9782070385034

Folio, 1993

A l’ami qui ne m’a pas sauvé la vie – Hervé Guibert

2 pesnées sur “A l’ami qui ne m’a pas sauvé la vie – Hervé Guibert

  • 2 juillet 2017 à 9 h 05 min
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    Forcément le sujet est intéressant. Aprés c’est dommage de devoir attendre 100 pages pour commencer à se mettre dedans. Sur moins de 300 ça fait beaucoup… Joli titre ceci dit.

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    • 2 juillet 2017 à 9 h 20 min
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      C’est le titre qui m’a convaincue. Après ce n’est que mon ressenti. Peut-être rentreras-tu dans cette autofiction bien plus vite que moi 🙂

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