« Avant mon projet d’aller à la fac, j’avais la secrète intention de ne rien dire à personne, de monter dans un bus et d’aller m’installer dans une ville au hasard, pour y devenir cette personne complètement différente… »

Une petite bourgade américaine. Un été qui s’étire. Un décor des plus communs. Un quotidien sans surprise. Des distractions banales. Deux amies, à la vie à la mort. Enid et Rebecca. Qui se retrouvent dans ces différences qui les séparent du reste du monde. Débattent sur les garçons, la mode et la stupidité des programmes télé…

Ghost World traite d’une histoire vieille comme le monde, celle du passage de l’enfance à l’âge adulte. Au fil des pages nous suivrons la mue de nos deux héroïnes anti-héroïnes anti-cools, deux adolescentes anticonformistes et désabusées, en quête d’un avenir qui les sortirait de la morosité de leur quotidien. C’est dans une Amérique bancale et étrange, hantée par les fantômes de son passé et peuplée de freaks en tout genre qu’Enid et Rebecca évoluent et se posent les questions existentielles liées à leur âge.

Oui, le sujet est en principe usé jusqu’à la corde, cependant lorsqu’on le met entre les mains d’un auteur-illustrateur novateur et talentueux, on le redécouvre sous un jour nouveau. Et c’est précisément ce qui se passe ici. Daniel Clowes transcende le matériau de base avec son approche si particulière, un brin anarchiste, un brin nihiliste. Et au passage il bouleverse son lecteur grâce à cette galerie de personnages atypiques, incapables de s’aimer et dans l’incompréhension totale qu’on les aime. Tout ça ponctué de références underground à la Pop Culture. Ça change. Et ça fait un bien fou !

Par ailleurs, l’auteur et illustrateur fait ici, et à sa façon, une superbe déclaration d’amour aux femmes. Pas celles idéalisées, ni celles stéréotypées. Non… Ces femmes que nous connaissons, et que nous sommes finalement toutes un peu aujourd’hui. Celles qui savent ce qu’elles ne veulent pas. Celles qui ne savent pas ce qu’elles veulent. Celles qui sont mélancoliques et romantiques. Celles qui sont acerbes et solitaires. Celles qui rêvent d’épopées épiques et d’aventures extraordinaires. Celle qui préfèrent rester chez elles. Celles qui se triturent l’esprit des heures avec des considérations humanistes et philosophiques. Celles qui ont parfois des préoccupations plus futiles. Celles qui veulent rester ensemble. Celles qui doivent se séparer… Tout ça par le prisme d’une amitié si particulière qui unit ses deux personnages principaux.

Le trait de Daniel Clowes se prête parfaitement à son propos. Dur mais lisible et réaliste, lisse mais expressif, il ne cherche pas à enjoliver, ni à sublimer, juste à retranscrire la façon qu’ont Enid et Rebecca d’appréhender le monde qui les entoure. D’une page à l’autre, ses planches et ses bulles se déclinent en nuance de bleus, de verts et de gris, pour souligner le caractère glacial du monde qui est le notre. C’est parfait !

Un coup de cœur scénaristique, doublé d’une belle découverte graphique. Un auteur que je vais prendre beaucoup de plaisir à relire. Assurément.

Chez Stéphie !

Ghost World, Daniel Clowes

80 pages / 10,84 €

ISBN : 0224060880

Jonathan Cape, 2000

Ghost World – Daniel Clowes
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21 pesnées sur “Ghost World – Daniel Clowes

  • 19 avril 2017 à 6 h 15 min
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    Ça me plaît beaucoup ce que tu en dis !
    J’ai déjà plusieurs fois hésité à lire un de ses titres mais jamais franchi le pas. Voilà peut-être bien l’album qui me permettra de découvrir cet auteur 😉

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    • 19 avril 2017 à 7 h 42 min
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      J’avais Ghost World dans ma bibliothèque depuis très longtemps, il m’aura fallu du temps aussi pour sauter le pas 🙂

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  • 19 avril 2017 à 9 h 47 min
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    Idem que Mo, ça me plait bcp ce que tu dis de cette BD, vais essayer de me la dégoter à la médiathèque 😉

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    • 19 avril 2017 à 9 h 52 min
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      Trop bien ! J’espère que tu aimeras autant que moi 🙂

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  • 19 avril 2017 à 11 h 05 min
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    Tu as beau être emballée je n’aime pas du tout ce genre de graphisme, je passe…

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    • 19 avril 2017 à 21 h 53 min
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      Je me doute que ça va en rebuter pas mal…

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  • 19 avril 2017 à 21 h 50 min
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    le graphisme ne m’emballe pas mais j’avoue que tu éveilles ma curiosité!

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  • 20 avril 2017 à 16 h 13 min
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    Le dessin moi non plus ne m’attire pas, mais ton article donne envie…

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  • 21 avril 2017 à 3 h 22 min
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    J’ai déjà lu un album de l’auteur et j’en ai ouf… au moins 5 dans la maison! Pourquoi pas si je tombe dessus.

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  • 21 avril 2017 à 9 h 25 min
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    Graphiquement c’est particulier mais pas désagréable à regarder je trouve. Et les thémes abordés sont intéressants également.

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  • 28 avril 2017 à 16 h 56 min
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    Ce titre me dit quelque chose… ça n’a pas été adapté en film ?

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