L'Amour fou - Françoise Hardy

« L’amour fou, c’est celui qui vous dépossède de vous-même, tout en vous faisant croire que lui seul peut vous combler. »

Je me souviens avoir été frappée par la justesse de cette citation lorsque mon amie Moka me l’a faite lire dans les rayons d’une librairie de grande distribution cet hiver. Les mots de Françoise Hardy avait su toucher la jeune femme que j’étais encore il y a quelques mois. Et alors que je les relis aujourd’hui je les trouve certes véridiques, mais d’une banalité affligeante. A l’instar du titre, la quatrième de couverture de L’Amour fou donne l’impression que le roman va nous combler. Et au final quelle déception que cette histoire là…

Mais avant tout, L’Amour fou de quoi ça parle ?

Eh bien d’une jeune femme qu’on suppose, à juste titre, être Françoise Hardy. Françoise donc aime X. Et comme on peut s’y attendre X. lui n’aime pas Françoise. Enfin, ce n’est pas vraiment qu’il ne l’aime pas, mais il vit en couple avec une autre depuis plusieurs années alors c’est compliqué. X. préfère prévenir Françoise dès les prémices de leur histoire que s’ils peuvent partager l’intimité d’un lit trois nuits par semaine, ils ne seront en revanche jamais ensemble. Le sexe et l’amour fou sont deux choses qu’il tient à distinguer. D’ailleurs si X. avait pu écouter Les Wriggles il se justifierait probablement en nous avançant l’argument « J’suis un gars, j’ai une bite, j’ne décide pas ». Et parce qu’il souffre d’un manque de confiance en lui maladif, qui se mue au fil du roman en pseudo malaise existentiel, alors Françoise lui pardonne tout, et cherche une excuse à chaque humiliation qu’il sera en mesure de lui faire subir, parce que ce n’est pas de sa faute hein, pauvre petit, il va mal…

On la sent bien l’ironie ? Ou je continue encore un peu ?

Et tout ça n’est bien évidemment que le point de départ d’une histoire aussi torturée que les deux protagonistes qui vont ensemble la construire. Alors je ne vais pas nier, c’est un sujet qui d’ordinaire me touche tout particulièrement, mais le propos que tient ici l’auteur me dérange profondément. A quel moment l’amour fou que l’on porte à un homme nous pousse t-il sur les chemins de l’aliénation et de l’asservissement ? C’est ce qu’il y a de plus intéressant ici, et c’est la question que devrait poser le roman. Pourtant au fil des pages, jamais Françoise Hardy ne s’interroge. Elle revient sur ses souvenirs, ressasse ses malheurs, et à travers eux ne semble que chercher de pitoyables excuses aux errements grotesques et pathétiques de son méprisable amant.

Et pour ne rien sauver, je suis restée complètement hermétique au style ampoulé de l’auteur. D’abord je me suis perdue dans ses phrases bien souvent inutilement longues qui, si elles collent parfaitement au sujet, sont souvent pleines de banalités. Ensuite j’ai été agacée par ce besoin viscéral qu’a Françoise Hardy de décontextualiser son amour, de parler d’elle-même à la troisième personne du singulier, puis de changer pour arriver au « je », ainsi que de nommer X. un homme dont on imagine très bien l’identité…

Je dois bien avouer que pourtant quelques rares passages m’ont bouleversée et que je me suis reconnue dans moult répliques, réflexions et situations. C’est peut-être pour ça que ce roman a provoqué chez moi des pulsions de violence. Si l’amour fou c’est ça, alors clairement je n’en veux pas plus…

L’avis mitigé de Moka ici & celui bien plus enthousiaste de l’Irrégulière .

L’Amour fou – Françoise Hardy

14 pesnées sur “L’Amour fou – Françoise Hardy

  • 3 juillet 2013 à 12 h 21 min
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    Je retrouve ici et là, à quelques mots près ce que j’ai pu dire de ce livre.

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    • 4 juillet 2013 à 22 h 04 min
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      Je n’avais pas lu ta critique après avoir fait la mienne. Et effectivement, on se rejoint sur plusieurs points.

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  • 3 juillet 2013 à 16 h 55 min
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    Déjà que ça ne me faisait pas envie, je passe mon tour sans regret.

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  • 4 juillet 2013 à 10 h 12 min
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    Rien que le fait que ce soit Françoise Hardy me freine à ma lecture. Pour moi, elle est chanteuse. (oui, j’ai un souci avec les personnes aux multiples casquettes alors que moi je galère juste à en avoir une XD)

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    • 4 juillet 2013 à 22 h 06 min
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      Oui, ça m’a freinée aussi au début. J’aurais mieux fait d’écouter ma première intuition…

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  • 12 juillet 2013 à 6 h 48 min
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    Ton billet me rappelle cette chanson que chante Françoise Hardy « Et si tu crois un jour que tu m’aimes… » très belle chanson mais qui montre une femme qui attend et qui tout sa vie attendra le bon vouloir d’un homme… passivité et soumission. Loin de moi l’idée de penser que cette chanson reflète ce que pense la chanteuse, mais enfin, ça se rejoint un peu avec ce livre, me semble-t-il…

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  • 12 septembre 2013 à 15 h 19 min
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    Hello
    je suis à la traine, j’arrive un peu après la bataille, mais bon… Je viens de lire ton billet et je tilte quand tu écris : « A quel moment l’amour fou que l’on porte à un homme nous pousse t-il sur les chemins de l’aliénation et de l’asservissement ? C’est ce qu’il y a de plus intéressant ici, et c’est la question que devrait poser le roman. Pourtant au fil des pages, jamais Françoise Hardy ne s’interroge. » Il me semble, je me trompe peut-être hein, que son roman est JUSTEMENT une interrogation sur cette aliénation. Il n’a jamais été dit que le lecteur devait adhérer à l’attitude passive de cette femme, je pense bien sûr que c’est l’effet contraire qui est recherché.

    Enfin, si ça intéresse, mon avis sur ce bouquin : http://prieredinserer.wordpress.com/2013/09/12/lamour-fou-francoise-hardy/

    Au plaisir! 🙂

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    • 12 septembre 2013 à 22 h 47 min
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      Peut-être que ce qu’il y a d’intéressant c’est l’interprétation que chacune d’entre nous peut avoir autour d’une même oeuvre ? Je sais que le roman de Françoise Hardy a été plébiscitée sur la blogosphère. Sans adhérer à son propos, c’est plutôt la façon qu’elle a, a posteriori, de trouver toutes les excuses du monde à cet homme qui m’exaspère… D’autres livres sur le même thème nous propose des visions bien plus riches de l’amour fou selon moi 😉

      Je vais aller lire ton billet, et explorer ton blog par la même occasion !

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