« Tout ça me semble si loin, tout à coup. C’est comme une douleur séchée, des plaques de chagrin sclérosé, un grand soupir assourdi, et le regret, juste, de toutes les jolies choses qu’il nous restait à faire et qu’on ne fera plus. »

Depuis l’adolescence Louise est amoureuse d’Adrien, et il semble bien le lui rendre. Mais aujourd’hui Louise est une jeune femme que son mari quitte pour une autre. Une histoire de tous les jours. Rien de grave vous avez dit ?

Derrière le personnage de Louise se cache une autre jeune femme très attachante prénommée Justine, Justine Lévy. L’histoire de son héroïne, elle aussi l’a vécue lorsqu’en l’an 2000 son mari Raphaël Enthoven la quitte pour le célèbre mannequin Carla Bruni. Et c’est au fil de ce récit rétrospectif que l’on découvre que bien avant la rupture leur amour se tarissait déjà. L’autodestruction d’une Louise droguée sous les yeux aveugles d’Adrien est pour moi le moment fort de l’œuvre.

Rien de grave est donc une version plus ou moins romancée du passé de son auteur. Un passé douloureux qu’elle nous livre avec un style bien personnel. Une plume féroce qui correspond bien à son récit vengeur, mais à laquelle il faut s’habituer pour en apprécier pleinement la force.

C’est avec un sentiment de malaise que j’ai abordé les premières pages du roman, Justine Lévy y déverse un flot de mots ininterrompu et prend le lecteur en otage dans un monologue qui semble sans fin. Les sujets qu’elle y aborde avec brutalité sont plus qu’intimes et j’ai craint un instant un déballage un peu forcé de ses souffrances sur la place publique. Et puis petit à petit le malaise se dissipe, l’écriture étouffante et la narration décousue prennent sens et finalement Rien de grave se lit comme un cri du cœur, comme le dit si bien Patrick Besson : Jamais peut-être l’écriture n’aura autant sauvé quelqu’un.

Son langage plus proche du parlé que de l’écrit nous donnerait presque envie de ne plus la lire mais juste de l’écouter et de se laisser bercer par son son phrasé, puisque Justine, elle en a des choses à dire sur sa vie et son enfance auprès de sa grand-mère, sur la relation fusionnelle qu’elle entretient avec son philosophe de père et sur celle plus délicate qu’elle tente de sauver avec sa mannequin de mère… Elle est jeune, certes, mais elle en a des choses à dire sur la vie, elle revient de loin la petite Louise.

Rien de grave – Justine Lévy
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Une pensée sur “Rien de grave – Justine Lévy

  • 3 août 2011 à 10 h 13 min
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    J’avais adoré ce livre que j’ai offert, conseillé, offert, conseillé…

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    • 15 décembre 2012 à 10 h 20 min
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      Il fait partie de ceux que je vais offrir, conseiller, offrir…

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  • 5 août 2011 à 14 h 40 min
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    Je trouve difficile pour le lecteur de trouver sa place dans ce genre de roman autobiographique. Pourrait-on le lire en faisant abstraction des personnes à peine cachées derrière un autre nom ? Si non, est-ce qu’un tel livre est aussi salutaire pour le lecteur que pour l’auteur ?

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    • 7 août 2011 à 12 h 47 min
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      J’ai parfaitement trouvé ma place dans le roman de Justine Lévy, même si j’ai beaucoup douté à la lecture des premières pages. Il est arrivé à un moment où j’en avais besoin et m’a fait beaucoup de bien.

      Après peu importe les Raphaël Enthoven, Carla Bruni et autres personnes cachées dans le récit, ce qui compte surtout ce sont les mots de Justine Lévy. Mais évidemment les choix qu’elle fait sont aussi en rapport avec son histoire personnelle. Le roman c’est elle.

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  • 24 août 2011 à 10 h 00 min
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    Tiens, on a du le lire en même temps. Je n’ai pas encore publié mon billet, mais mon avis est un peu plus nuancé…

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    • 25 août 2011 à 11 h 55 min
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      Il est arrivé à un moment où j’en avais vraiment besoin, et je pense que c’est aussi pour ça que je l’affectionne beaucoup. J’ai hâte de lire ton billet 😉

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